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Liste des Grandes Courses Alpinisme
SNGM
alpinisme - Les courses de rêve...rêve d'une vie

Un homme sans défauts est une montagne sans crevasses. Il ne m'intéresse pas

René Char 


LA FACE N-O DE L'AILEFROIDE par la Devies-Gervasutti
1100 m / TD

A peine revenus du stage d'alpinisme à Chamonix, nous décidons, Stéphane, Olivier,Yannick et moi de faire l'ascension de la Dévies Gervasutti à la Face N-O de l'Ailefroide.

Après 4 h 00 de route, nous garons la voiture et faisons les sacs.
Direction le glacier noir, puis le col de Coste Rouge où nous bivouaquerons.
5 heures de marche et nous voilà dans un luxueux bivouac avec eau courante. Face à nous s'impose la vaste muraille dominant de 1100 mètres les plats vallons du Plan desCarrelets.

Parcourant des yeux l'itinéraire des prochaines heures, 2 petits points gesticulant nous arrêtent. Est-ce possible ? Il est maintenant 19 h 30 et une cordée est là à s'escrimer au niveau des dalles grises, ce qui correspond en temps, au milieu de la voie. Plutôt inquiétant d'autant que leur itinéraire semble s'être dangereusement décalé vers la gauche.
Que va-t-il se passer ?



Quoique cette triste histoire soit chargée de suspens, c'est la faim qui l'emporte et nous nous   attablons   vite   autour   du   plat   fumant   de   semoule.   La   soirée   continue chaleureusement, bercée par la douce voix de Yannick ânonnant quelques passages de
"Je t'aime Albert" de Bukowski. Passionnant.       .
Nous sommes hélas obligés de stopper notre conteur dans son élan pour organiser le couchage.
Réveil brutal à 2 h 30 après un sommeil entrecoupé, de réveils glaciaux, sauf pour Olive
qui a manqué de s'étouffer dans sa doudoune surchauffée.
Rapidement équipés et vaguement réchauffés nous nous dirigeons à grands pas au pied de la voie. Une lueur puissante, couleur safran, nous guide et rend nos frontales presque inutiles.

A 4 h 30 nous commençons. L'escalade est assez facile et les longueurs s'enchaînent
vite jusqu'à la fin du pilier central.
Un  bourdonnement forcené  nous  prévient de  l'arrivée d'un  hélicoptère qui  nous dépasse pour s'immobiliser 100 m plus haut. Nos deux aventuriers de la veille n'ont apparemment pas su se sortir seuls du mauvais pas de lequel ils s'étaient englués.
Biens vite emmenés, ils nous laissent seuls face au passage marquant des dalles grises, assez exposées et surtout verglacées. Stef et Olive s'engagent les premiers d'un chausson un peu hésitant et surtout zippant. La progression se fait un peu plus lente pour notre cordée (Stef et moi) tandis qu'Olive et Yannick continuent sur un rythme entraînant.
Au fur et à mesure le rocher se fait de plus en plus friable et non loin de l'arrivée, l'inévitable se produit: une petite pierre se détache sous le poids de Yannick et vient me percuter en pleine face !! Les dégâts sont irréparables et je porte à jamais les stigmates de cette fatale ascension sous la forme d'une virgule dans ma moustache !
Gardant mon sang froid, je gravis les quelques mètres qu’il me reste pour rejoindre le relais où Stef. affolé, m'essuie le nez.
Avec un peu moins d'enthousiasme, nous atteignons le sommet après 13 h 00 d'efforts intensifs.
Encerclés d'une bouée de brouillard, nous redescendons sans nous attarder.
Deux rappels et un peu de désescalade et nous revoilà dans la neige. Olive et Yannick se laissent glisser sur les pentes de neige nous laissant loin derrière. Après une dizaine de chutes, je comprends l'intérêt du "plantage" de talon.
22 h : Au bout de 5 h de descente pénible, la nuit tout juste tombée Olive et Yannick sont rendus au refuge. Mais pour nous, l'aventure continue. En effet. Stef, comme pour faire durer le plaisir choisit de prendre un raccourci et se perd inévitablement. Le refuge est là, à quelques mètres à vol d'oiseau, mais nous sommes bêtement coincés par des barres rocheuses.
Je propose de dormir ici mais Stef me dévisage d'un œil féroce et je comprends alors qu'on ne plaisante pas en présence d'un guide en déroute.
Enfin à minuit nous gagnons le refuge où nous nous endormons sans peine.

Laure
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Pourquoi prendre un guide ?
La motivation est simple: Sécurité. A entendre au sens large, à savoir: recherche d'itinéraire, timing, et bien entendu engagement en tête même si pris individuellement, j'aurais pu passer tous les passages en tête, mais en 5 jours! Les grandes courses présentent un engagement qu'on n'est pas forcément prêt à assumer (j'ai 3 enfants), et je peux dire qu'à aucun moment je ne me suis senti mal à l'aise. Pour revenir à la question initiale j'ai pris un guide pour la première fois cet été pour faire une grande course (je rêvais de l'Innominat' mais pour finir nous sommes allés à la Sud de la Noire de Peuterey en raison des conditions), c'était mon cadeau pour mes 30 ans et c'est allé au delà de mes espérance. (Je comprends très bien les gens qui prennent un guide pour la walker pour leurs 40 ans!). Je ne regrette certainement pas le prix (que je ne connais pas, Kdo oblige, mais que j'imagine) dans la mesure ou effectivement ce sont des moments que je n'oublierai jamais .Après, chacun fixe la limite là ou il le veut, et au delà, si on veut réaliser son rêve, si c'est vraiment un rêve, et qu'on en a les moyens, c'est dommage de ne pas en profiter! (j'espère bien un jour faire la Meije, la verte, le Cervin ou la Kuffner par mes propres moyens, mais la noire, l'innominat', le pilier gervasutti, c'est clair que je n'irai jamais)Quant « bouletiser » avec un ami plus fort que soi pour des courses de ce niveau, ça ne me viendrait pas à l'esprit. J'emmène souvent des gens en montagne, mais l'engagement est pour moi un élément que seuls les guides peuvent vraiment réduire. (notamment les guides français qui ont vraiment un formation béton).Un point qui m'a marqué est que j'avais l'impression qu'il y avait la même différence de niveau entre mon guide et moi qu'entre moi et ma gamine de 4 ans, (il faut dire qu'il est particulièrement balèze!), et cela contribue à la sensation de sécurité (quand on fait tout en corde tendue...). Sinon, niveau polémique sur le prix, c'est vrai que dans l'absolu c'est cher et que du coup, le marché est réduit. Mais pour ce que c'est, c'est le prix. Ils prennent tout de même des risques énormes, surtout dans les grandes courses, à emmener des gens qu'ils ne connaissent pas et avec qui ils vont devoir progresser corde tendu dans du terrain pas toujours évident. Soit dit en passant, je pense qu'au final, tu paies sans doute le prix fort la première fois, mais qu'ensuite, si tu t'entends bien etc..., tu peux faire de belles choses au tarif journée guide. Sorte de prime de fidélité! Bien entendu, le plaisir est différent d'une belle course réalisé en autonomie, mais ce sont 2 choses complémentaires. En autonomie, la prudence recommande de garder une marge, avec un guide, tu peux pousser tes limites.

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Bonjour à tous,

Je veux bien apporter mon témoignage personnel sur le recours à un guide. Je ne pratique l'alpinisme que de façon assez épisodique (quelques courses par an) et j'ai un niveau tout à fait moyen (je n'ai jamais fait de courses difficiles !).Mais je le pratique depuis plus de 20 ans de façon un peu particulière puisque j'emporte toujours mon parapente avec moi avec l'espoir de redescendre du sommet en volant. Cela modifie beaucoup la donne pour 2 raisons principales :- même si le poids du matériel de vol a beaucoup diminué ces dernières années, c'est quand même du poids en plus et il est clair que nous visons principalement l'ascension de beaux sommets par leur voie normale ; il serait difficile d'emporter ce matériel dans des voies engagées et difficiles,- le parapente est une activité qui se pratique en solo, même si on monte assurés et encordés et le dernier à partir se retrouve seul là-haut alors que les conditions météo changent vite en montagne et que le vol n'est jamais assuré. Cela veut dire qu'il faut avoir dans le groupe impérativement quelqu'un capable de redescendre éventuellement seul en sécurité du sommet !C'est comme cela que nous pratiquons la plupart du temps avec mes amis paralpinistes : nous choisissons des objectifs à notre portée d'où nous pouvons, s'il le faut, redescendre seul.J'avais 3 rêves dans ma vie associant le parapente et la haute montagne : l'Aiguille Verte, les Grandes Jorasses et la traversée des Arêtes de la Meije. Avec mes amis habituels nous ne nous sentions pas capables d'y aller sans l'assistance d'un guide :- Aiguille Verte : le décollage est tout petit, technique et engagé et la redescente en rappels du Whymper assez délicate : c'est clair, sans guide on n'y allait pas (on avait surtout besoin de lui pour l'assistance au décollage),- Grandes Jorasses (par la voie normale versant italien) : nous étions capables d'assurer en sécurité l'ascension entre nous et le décollage est très facile d'en haut (grandes pentes de neige régulières), mais aucun de nous ne se sentait d'effectuer éventuellement seul la longue descente avec la fatigue de la montée et le parapente sur le dos: le guide, c'était clairement la sécurité !- Arêtes de la Meije : nous étions plusieurs à vouloir réaliser ce projet, et seul un de nous était capable de réaliser la traversée en tête (j'avais déjà fait cette course 20 ans plus tôt, mais en second de cordée) ; de plus nous avions alors tous plus de 55 ans et la solution de recours à un guide, c'était l'assurance de traverser en bonnes conditions de sécurité ; quant au décollage, il n'y avait aucun problème et la redescente du refuge de l'Aigle, chacun de nous était capable de la faire si nécessaire, même en solo !Donc pour des raisons en fait différentes, nous avons fait appel les 3 fois au même guide-parapentiste qui est d'ailleurs devenu notre ami et ces 3 rêves réalisés grâce à lui sont sans nul doute mes plus beaux souvenirs de paralpinisme dans les Alpes   Cerise sur le gâteau : ce guide a organisé une expédition-parapente au Népal (massif des Annapurnas) et nous avons pu réaliser l'ascension des 2 sommets de plus de 6000 m prévus, avec à la clef plusieurs vols au-dessus de 5000 m  Nous n'aurions jamais mis sur pied une telle expédition sans lui.
Voilà mon expérience "avec guide".
En partageant les frais entre les participants, cela a entraîné des dépenses "raisonnables", mais je comprends tout à fait que les budgets que l'on peut consacrer à de tels objectifs peuvent être très variables selon les individus.
Marc.
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Je comprends la joie qu'il y a à être responsable d'une cordée en étant devant (j'ai vécu un certain nombre de fois cette situation dans des itinéraires classiques et faciles), mais il est tout à fait clair que l'on prend aussi un plaisir immense à parcourir certains itinéraires en second (que ce soit derrière un guide ou un ami compétent), alors que l'on n'est pas capable de les parcourir en tête en sécurité. Pour citer les 3 exemples que je donnais dans mon message (Verte, Grandes Jorasses et Meije), j'étais tout à fait à l'aise en second (aucun souci pour suivre le rythme), mais je pratique trop peu l'alpinisme pour effectuer ces courses en tête en sécurité. Un client peut justement s'adresser à un guide pour réaliser des rêves qui lui sont chers parce qu'il pense avoir le niveau pour y aller, mais pas suffisamment pour garantir la sécurité d'une cordée. Je trouve que les guides font un métier magnifique, souvent ingrat et difficile, et qu'ils ne sont pas particulièrement bien payés pour l'engagement physique et moral que leur métier impose.
Merci à eux !
Marc.
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Salut l'Alpiniste (et les autres),
Bien beau sujet que celui là et merci pour les témoignages (celui de Marc!). Le sujet pourrait être "un guide pour réaliser ses rêves ?"   Sachant que le rêve n'a pas de prix !!  Constater qu'il vaut mieux se faire accompagner par un professionnel pour réaliser ses rêves n'a rien de déshonorant, ce peut être une démarche de réalisme et de sécurité. On se pose moins de questions en allant au restaurant (on peut manger chez soi), en amenant sa voiture au garage (faire sa vidange soi même)... etc, quant au recours à un professionnel. Revenons à la grande course, le rêve d'une saison ou d'une vie, notre Everest du moment. Personnellement le recours à un pro m'a parfois permis de faire sereinement des courses ou des raids pour lesquels la responsabilité de la course aurait été trop lourde pour moi : c'est agréable de faire de la montagne de façon détendue, sans stress. J'ai aussi fait sans guide quelques courses qualifiées de grandes : beaucoup de satisfaction à assumer soi même l'engagement, la difficulté .... Et quelques erreurs d'itinéraire. Une expérience personnelle : un ami passionné avait en tête sa "trilogie", sans se sentir à même de conduire de façon autonome ces courses. Nous avons fait ensemble avec grand plaisir les deux premiers éléments de la "trilogie" Mont Blanc puis Meije. Face à mon peu de disponibilité, et après plusieurs renvois du projet (mauvais temps, montagne en mauvaises conditions, travail...) il a fini par faire le Cervin avec un guide. Finalement, avec ou sans guide, l'important est d'être en accord avec ses envies et ses moyens (techniques et financiers). Dans notre société de loisirs, les mille et quelques euros d'une course sont à comparer à une semaine de rando au Hoggar, une semaine de ski en station, un équipement de ski, une semaine sur la plage.. etc... Le service offert par un guide se paie à un prix très raisonnable pour réaliser un rêve. Bonnes courses et bonne montagne à tous,
Michel.
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J'ai fait pas mal de grandes courses. Avec un grand guide aujourd'hui décédé, sa disparition a été pour moi un grand choc. Nous étions plus que guide et client, on se racontait toutes nos petites histoires en grimpant et en plus on rigolait beaucoup! J’ai 52 ans, j'ai toujours aime la montagne et je suis tranquillement arrive a un bon niveau en grimpe (6b en tête) et en montagne sans toutefois oser franchir le pas de certaines courses. J'avais aussi une grosse caisse. Vers la fin de ma 3e décennie, plusieurs éléments m'ont fait franchir le pas de prendre un guide. D’abord la séparation perpétuelle (et donc la solitude) d’avec mes compagnons habituels ( et de mon niveau) pour raisons familiales ou autres, la mort ou des accidents...Une vie perso qui n'était remplie que de montagne et de boulot ce qui n'est plus le cas aujourd’hui. Une profession extrêmement prenante et passionnante qui m'apportait des revenus confortables. Et aussi un très gros endettement. Mais aussi le fait qu'un de mes compagnons habituels (qui s'est marie avec une nana qui grimpe super bien...plus besoin de moi!) ait décidé de se payer la Walker pour ses 40 ans...Je me suis dit, pourquoi pas? Et réussir de très belles courses dans des conditions dignes (parce que j'ai vu des gars monter aux jumars), des horaires corrects ne m'a pas changé du tout. Autour de moi, très peu de gens savent ce que j'ai fait. Dans ma famille: personne (sauf ma femme).
C'est vrai que la reconnaissance dont j'ai bénéficié d'autres guides m'a fait plaisir.
Tout cela m'a apporte énormément de joie.

Je t'en souhaite autant avec tes clients.


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